Réveil


Non, ce n'est pas l'ultime bataille,
Que je livrerai sur la muraille.
T'as tout jeté sans crier gare,
Me laissant seule dans une mare.
Tu brilles par ton absence
Et si je rie dans les débris,
C'est par dépit.

Tu m'as aimée jusqu'à l'usure,
Sans lendemain : c'est la bavure.
Prisonnière de ma démesure,
J'n'ai pas vu venir la déchirure.
L'amour a fait escale
Dans ce port nulle part, sans étendard :
Il est trop tard.

J'avais rêvé d'une citadelle
Bien défendue quoi qu'il advienne.
Mais c'est l'absence aujourd'hui qui m'éveille.
Je porte encore sur le visage
Ce poids trop lourd de tes amours volages
Tant de silence aujourd'hui me réveille.
Méli-mélo, tout dans ma tête,
Rires offusqués de tes conquêtes.
J'ai tout donné, ne me gardant que l'arête,
Et maintenant, v'là que tu me jettes
Regarde autour de toi, ces filles t'enivrent,
De parfums, de soupirs ... de pacotille.

J'ai dû planer toutes ces années,
Comme aveuglée par mes idées.
Sur le rivage, aujourd'hui j'me réveille,
Tout dérangé, tout balayé.
Tout reconstruire, des larmes aux rires,
C'est en silence qu'aujourd'hui je déblaye.

J'ai pu gommer l'essentiel :
Le goût amer des querelles.
La tête haute, je me démène,
Sans pour autant garder de haine.
Pas me noyer dans le naufrage
Pour retrouver force et courage.

Quand tournera cette dernière page,
Je recréerai mon paysage.
Non plus brouillé par toutes mes larmes
Mais clair, serein et plein de charme.


© Dominique LARUELLE
(Publiée à la Sabam le 28/05/1991)


 
Retour Accueil
© Texte Nadidom

Total  Visiteurs : 2464   -    Aujourd'hui : 4